Systèmes de stockage d’énergie par batterie (BESS) : le rôle du conseiller en prévention

Lors de l’événement Prenne organisé le 18 juin dernier à Gand, Koen Desmet a présenté, devant une salle comble, un exposé sur les systèmes BESS et la directive élaborée par les services d’incendie à ce sujet. Il s’agit désormais de la version 1.5 de 2025.

L’essor des BESS

Les systèmes de stockage d’énergie par batterie (Battery Energy Storage Systems ou BESS) jouent un rôle de plus en plus important dans la transition énergétique. Si cette technologie était initialement surtout déployée dans des projets énergétiques de grande envergure – comme celui d’Engie à Vilvoorde ou sur d’autres sites majeurs –, on observe aujourd’hui un glissement net vers des applications au sein d’entreprises et de sites industriels.

Pratiquement tous les secteurs affichant une consommation d’énergie significative peuvent être concernés : l’industrie, la logistique, le commerce de détail, mais aussi les exploitations agricoles et les PME. Les installations BESS sont mises en œuvre pour maîtriser les coûts énergétiques, lisser les pics de consommation et limiter la dépendance au réseau électrique.

Pour le conseiller en prévention, cela signifie que les BESS ne constituent plus une application de niche, mais deviennent un composant standard émergent des installations techniques au sein des entreprises.

Le rôle du conseiller en prévention

La mise en place d’un BESS doit être considérée comme un projet comportant d’importantes implications en matière de sécurité. Il est donc essentiel que le conseiller en prévention soit associé au projet dès un stade précoce, en particulier lors de la phase de conception et de la décision d’achat.

Concrètement, cela implique :

  • une participation à l’analyse des risques lors du choix du système ;
  • une évaluation des compétences du fournisseur et de l’intégrateur, notamment de leur expérience des aspects liés à la sécurité ;
  • une attention particulière à la prise en compte des risques sur l’ensemble du cycle de vie : conception, installation, exploitation, maintenance et mise hors service ;
  • une intégration dans le système dynamique de gestion des risques (SDGR).

Ce n’est qu’ainsi que le conseiller en prévention pourra assumer pleinement son rôle dans le cadre des « trois feux verts » (conception – exécution – mise en service). Il est crucial de ne pas considérer la sécurité comme une simple conformité technique, mais comme un ensemble intégré de mesures organisationnelles, techniques et d’urgence.

Risques spécifiques des BESS

Bien que les BESS offrent de nombreux avantages, ils présentent également des risques spécifiques, parfois sous-estimés, liés notamment aux batteries lithium-ion.

Les principaux mécanismes d’incident sont les suivants :

  • dégazage (formation et diffusion de gaz toxiques ou inflammables) ;
  • emballement thermique (thermal runaway: élévation incontrôlée de la température) ;
  • incendie et réinflammation ;
  • Explosion (due à l’accumulation de gaz dans des espaces confinés).

Une caractéristique majeure des incidents impliquant des systèmes batteries réside dans leur longue durée d’évolution. Contrairement aux incendies classiques, ces incidents peuvent se développer sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Cela implique :

  • une mobilisation prolongée des services de secours ;
  • la nécessité d’une surveillance continue (température, formation de gaz) ;
  • des décisions complexes entre extinction par combustion contrôle et intervention ;
  • un impact considérable sur la continuité des activités.

Pour le conseiller en prévention, cela signifie que les scénarios d’incendie et les procédures d’urgence classiques ne suffisent souvent pas et doivent être adaptés à ces risques spécifiques.

Codes, normes et bonnes pratiques

En l’absence (provisoire) d’un cadre juridique spécifique et uniforme, l’élaboration de directives, normes et bonnes pratiques s’est considérablement intensifiée. Celles-ci s’appuient souvent sur des standards internationaux et sur les retours d’expérience suite à des incidents.

Parmi les références importantes figurent notamment :

  • NFPA 855 : norme relative à l’installation des systèmes de stockage d’énergie ;
  • FM Global Property Loss Prevention Datasheet 5-33 (2025) : directives relatives à la gestion des risques et à la sécurité incendie ;
  • PGS 37-1 (Pays-Bas) : directive relative aux systèmes de stockage d’énergie contenant du lithium ;
  • EASE / Energy Storage Europe : bonnes pratiques de sécurité pour les BESS ;
  • diverses normes IEC relatives à la sécurité des batteries et à l’intégration des systèmes ;
  • Code de bonnes pratiques, version 1.5, 2025.

Sur la base de ces références internationales, les services d’incendie belges ont élaboré un code de bonnes pratiques pour les systèmes de stockage d’énergie de plus de 20 kWh. Cette directive, actuellement disponible en version 1.5 de 2025, contient des recommandations relatives :

  • à l’implantation et aux règles de distance ;
  • au compartimentage incendie ;
  • aux systèmes de détection et d’extinction ;
  • aux possibilités d’intervention pour les services de secours ;
  • aux procédures d’urgence et à la mise à disposition d’informations.

Cette directive constitue aujourd’hui un guide essentiel pour les conseillers en prévention, les concepteurs et les exploitants d’installations BESS. Tant qu’un cadre juridique clair et détaillé fait défaut, il reste indispensable de s’appuyer sur des codes de bonne pratique et des normes internationales, et d’adopter un rôle proactif et critique au sein du processus décisionnel.

Plus d’informations

Directive des services d’incendie relative aux systèmes de stockage d’énergie de plus de 20 kWh, version 1.5 de 2025

Capitaine Koen Desmet

Zone de secours Ardennes flamandes

Source : cet article est repris de Prebes (membre de Fireforum), Veiligheidsnieuws.

https://www.prebes.be/nl/nieuws/2026/06/batterij-energie-opslagsystemen-bess-de-rol-van-de-preventieadviseur

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